On parle beaucoup aujourd’hui d’exercice personnalisé.
Dans la plupart des cas, cela signifie qu’un professionnel choisit un exercice puis l’adapte en fonction de la personne : son âge, son niveau physique, ses antécédents, ses difficultés ou ses objectifs.
Cette personnalisation est évidemment utile. Elle est même souvent indispensable.
Mais depuis plusieurs années, dans mon travail autour du mouvement, je me pose une autre question :
peut-on aller plus loin ?
Est-ce qu’un exercice peut devenir personnalisé non seulement parce qu’un professionnel l’a choisi pour vous, mais aussi parce que vous apprenez progressivement à le modifier à partir des informations que vous donne votre propre corps ?
C’est l’une des idées centrales de l’Autorégulation Physique.
Prenons un exemple simple.
Deux personnes peuvent recevoir exactement le même exercice de mobilité.
Le professionnel peut modifier l’amplitude, la difficulté, le nombre de répétitions ou la position de départ pour s’adapter à chacune.
Nous avons déjà une forme de personnalisation.
Mais l’exercice reste essentiellement construit de l’extérieur : quelqu’un observe, analyse puis décide de ce que la personne doit faire.
Dans l’Autorégulation Physique, je cherche progressivement à ajouter une deuxième dimension.
La personne apprend elle aussi à observer.
Non pas uniquement avec les yeux, mais à travers ses sensations.
Elle commence à percevoir où le mouvement est facile, où il existe une restriction, quelle zone participe peu, où une tension apparaît ou encore comment le côté droit diffère du côté gauche.
À partir de là, l’exercice commence à évoluer.
Je définirais ainsi cette différence :
L’exercice devient véritablement personnalisé non pas seulement lorsqu’un professionnel l’adapte à la personne, mais lorsque la personne apprend progressivement à l’adapter à partir des informations de son propre corps.
C’est une nuance importante.
Cela ne signifie pas faire n’importe quel mouvement en fonction de son envie du moment.
Il existe toujours un cadre.
Une position de départ, un objectif, certaines limites, parfois une charge ou une direction de mouvement.
Mais à l’intérieur de ce cadre, le pratiquant apprend progressivement à explorer.
Un angle peut légèrement changer.
Une amplitude peut devenir plus grande ou, au contraire, être momentanément réduite.
Un appui peut devenir plus important.
Une restriction peut attirer l’attention et modifier progressivement la manière dont l’exercice se développe.
L’exercice cesse alors d’être une forme extérieure à reproduire parfaitement.
Il devient également un outil d’exploration.
C’est probablement plus facile à comprendre avec un exemple.
Imaginons deux personnes placées dans une même position de référence.
De l’extérieur, leur exercice peut sembler identique.
Pourtant, la première ressent surtout une restriction au niveau d’une hanche. La seconde perçoit davantage une différence entre ses appuis ou une limitation dans la région thoracique.
Si elles possèdent suffisamment de perception corporelle, elles ne vont pas nécessairement développer exactement le même mouvement.
La position de départ est commune.
Mais ce qu’elles découvrent à partir de cette position est différent.
Et même chez une seule personne, l’exercice peut évoluer d’un jour à l’autre.
Le corps n’est pas exactement dans le même état après une journée de travail, une nuit de sommeil différente, une séance sportive ou simplement plusieurs semaines de pratique.
C’est précisément pour cette raison qu’une méthode fondée uniquement sur la reproduction mécanique d’un mouvement possède, à mes yeux, certaines limites.
Cette manière de travailler demande évidemment un apprentissage.
Au début, beaucoup de personnes savent qu’elles sont « raides » ou qu’une zone est inconfortable, mais elles ne savent pas forcément distinguer précisément ce qui se passe pendant un mouvement.
C’est normal.
L’écoute du corps est une compétence qui se développe.
Avec la pratique, on peut progressivement devenir plus précis : reconnaître une restriction, différencier une tension utile d’une tension parasite, comparer deux appuis ou percevoir qu’une partie du corps participe moins au mouvement.
Cette amélioration de la perception modifie ensuite la manière de s’entraîner.
La personne ne dépend plus uniquement de la consigne extérieure.
Elle dispose progressivement d’une deuxième source d’information : son propre corps.
C’est ici qu’il faut être très clair.
L’Autorégulation Physique ne consiste pas à laisser chacun improviser librement des exercices.
Le cadre pédagogique reste essentiel.
Le professionnel enseigne les positions, les mouvements, les principes de sécurité, les différentes possibilités de travail et la progression.
Dans certaines situations, notamment avec une charge, le cadre devient même particulièrement important.
La différence est que ce cadre n’a pas pour objectif d’enfermer le pratiquant dans une forme unique.
Il lui donne des références à partir desquelles il pourra progressivement mieux interpréter ses propres sensations.
On pourrait résumer la logique ainsi : le professeur construit le cadre ; le corps apporte une partie de l’information permettant de personnaliser ce qui se passe à l’intérieur de ce cadre.
Cette idée ne concerne pas uniquement les exercices de mobilité.
Elle traverse progressivement l’ensemble de l’Autorégulation Physique.
Dans un travail de mobilité, elle permet d’explorer les restrictions et les différentes directions possibles.
Dans les désanudamientos posturaux, la perception prend encore davantage de place : une position de référence devient le point de départ d’une exploration plus organique.
Puis, lorsque nous introduisons le poids du corps ou des charges externes, le même principe reste présent.
La résistance permet alors de révéler autre chose : une zone moins stable, une difficulté à contrôler certaines amplitudes ou une manière particulière de répartir l’effort.
La personnalisation ne consiste donc pas toujours à rendre l’exercice plus facile.
Elle peut également permettre de déterminer où et comment il devient pertinent de progresser.
Pour moi, c’est probablement l’aspect le plus intéressant.
Au départ, le professeur possède beaucoup plus d’informations que le pratiquant.
Il observe, explique, corrige et propose.
Mais progressivement, cette relation doit évoluer.
Le pratiquant commence à comprendre ce qu’il ressent.
Il reconnaît certains mouvements.
Il sait davantage quand réduire une amplitude, quand explorer un peu plus loin, quand stabiliser ou quand une position ne lui convient simplement pas ce jour-là.
Cette autonomie ne remplace ni un professionnel ni une prise en charge médicale lorsqu’elle est nécessaire.
Elle signifie autre chose :
devenir progressivement capable de participer intelligemment à son propre entraînement.
C’est précisément ce que je cherche à développer avec l’Autorégulation Physique à Strasbourg, au sein de H Balance Studio.
Un exercice personnalisé peut être très bien choisi par un professionnel.
Mais je pense que nous pouvons aller plus loin.
Nous pouvons apprendre à la personne à comprendre progressivement ce que l’exercice lui révèle et à utiliser ces informations pour faire évoluer son mouvement.
Le professionnel ne disparaît pas.
La technique ne disparaît pas.
Le cadre ne disparaît pas.
Mais le pratiquant cesse progressivement d’être uniquement celui qui exécute.
Il devient aussi celui qui observe, comprend et participe à la construction de son propre mouvement.
C’est, à mes yeux, l’une des formes les plus intéressantes de personnalisation de l’exercice.