Quand une personne se sent raide, le premier réflexe est souvent de penser qu’elle manque de souplesse.
Elle commence alors à s’étirer davantage : les ischio-jambiers, le dos, les épaules, les hanches. Parfois cela apporte une sensation agréable et davantage d’amplitude. Mais une question reste souvent sans réponse :
être plus souple signifie-t-il réellement mieux bouger ?
Pas nécessairement.
La souplesse et la mobilité sont liées, mais elles ne désignent pas exactement la même chose. Et cette différence est importante dans l’Autorégulation Physique, car notre objectif n’est pas de rechercher l’amplitude maximale. Nous cherchons à développer des mouvements que le corps peut percevoir, contrôler et utiliser.
La souplesse décrit généralement la capacité d’un tissu ou d’une articulation à atteindre une certaine amplitude.
On la mesure souvent à travers des positions relativement simples : se pencher vers l’avant, écarter les jambes, amener un bras derrière le dos ou maintenir un étirement.
Cette qualité peut être utile. Une amplitude insuffisante peut limiter certains gestes, certaines positions sportives ou simplement le confort dans le mouvement.
Mais l’amplitude seule ne nous dit pas tout.
Une personne peut être capable d’aller très loin dans un étirement et pourtant avoir du mal à contrôler activement cette même amplitude. À l’inverse, une personne moins souple peut disposer d’un mouvement très fonctionnel parce qu’elle sait utiliser efficacement l’amplitude qu’elle possède.
Dans mon travail, je considère la mobilité de manière plus large.
Il ne s’agit pas seulement de savoir jusqu’où une articulation peut aller, mais de savoir comment le corps accède à cette amplitude et ce qu’il est capable d’y faire.
Prenons une hanche.
Une personne peut, avec l’aide de ses mains ou du poids de son corps, atteindre une grande flexion. Mais lorsqu’elle doit produire elle-même le mouvement, conserver son bassin organisé ou supporter une charge dans cette position, la situation peut devenir très différente.
C’est ici que la mobilité rencontre d’autres qualités :
Autrement dit, posséder une amplitude et savoir l’utiliser sont deux choses différentes.
C’est une situation que j’observe régulièrement.
Une personne ressent une zone raide. Elle l’étire. La sensation diminue momentanément, puis revient.
Cela ne signifie pas que l’étirement est inutile. Il peut être agréable et pertinent selon l’objectif.
Mais la sensation de raideur ne correspond pas toujours simplement à un muscle trop court qu’il faudrait allonger.
Le mouvement dépend de plusieurs éléments : l’organisation articulaire, les appuis, la coordination entre différentes régions, la perception de sécurité dans l’amplitude et la capacité du corps à contrôler ce qu’on lui demande.
Une limitation peut également conduire le corps à utiliser une autre stratégie. C’est ce que j’explique dans l’article consacré aux restrictions et compensations corporelles.
Dans cette logique, répéter toujours le même étirement sur la zone qui semble raide peut parfois passer à côté d’une partie du problème.
L’une des premières étapes de l’Autorégulation Physique consiste donc à explorer.
Non pas pour chercher immédiatement une posture parfaite, mais pour recueillir de l’information.
Que se passe-t-il à droite et à gauche ?
Dans quelle direction le mouvement devient-il plus difficile ?
Une autre zone participe-t-elle excessivement ?
Que se passe-t-il si je change légèrement un appui ?
Est-ce que je retiens ma respiration ?
Est-ce que l’amplitude existe mais devient difficile à contrôler ?
Cette observation transforme l’exercice.
Au lieu de simplement « tirer » sur une zone jusqu’à sentir un étirement, le pratiquant commence à comprendre comment son corps organise le mouvement.
C’est aussi ce qui permet de construire progressivement un exercice réellement personnalisé à partir des informations du corps.
On associe facilement la mobilité à quelque chose de positif : plus d’amplitude serait forcément mieux.
Je ne pense pas que ce soit aussi simple.
Le corps doit pouvoir créer du mouvement, mais également le contrôler.
Une articulation très mobile sans capacité suffisante à stabiliser, freiner ou produire de la force dans cette amplitude n’est pas nécessairement plus fonctionnelle.
C’est pourquoi l’Autorégulation Physique ne s’arrête pas au travail de mobilité.
Une amplitude retrouvée doit progressivement devenir une amplitude utilisable.
Nous pouvons d’abord explorer une restriction avec des mouvements relativement simples. Puis demander davantage de contrôle. Ensuite introduire le poids du corps, une bande élastique ou une charge légère.
La question change alors.
Nous ne demandons plus seulement :
« Jusqu’où puis-je aller ? »
mais :
« Que suis-je capable de faire dans cette amplitude ? »
Dans l’Autorégulation Physique, cette distinction conduit à travailler la mobilité sous plusieurs formes.
La mobilité structurelle permet d’explorer plus précisément certaines restrictions et directions de mouvement. Nous cherchons à retrouver des amplitudes utiles, à mieux percevoir les différences entre les zones du corps et à comprendre où le mouvement se limite.
La mobilité fonctionnelle va plus loin dans l’organisation globale. À partir de positions, d’appuis et de mouvements de référence, le pratiquant observe les ajustements qui apparaissent et apprend progressivement à laisser évoluer le mouvement sans perdre le cadre.
C’est notamment dans cette partie que prennent place certains désanudamientos posturaux.
La position n’est alors pas une forme parfaite à reproduire. Elle devient un point de départ pour explorer.
Cette manière de travailler distingue assez clairement la recherche de mobilité d’un simple objectif de souplesse maximale.
Il arrive plus tard, mais il est essentiel.
Une charge révèle souvent ce qu’un mouvement sans résistance ne montre pas.
Une amplitude peut sembler facile à vide et devenir difficile à contrôler dès qu’il faut produire ou recevoir une force.
Une zone peut paraître mobile, mais manquer de stabilité.
Un côté peut prendre beaucoup plus de travail que l’autre.
C’est pourquoi le renforcement n’est pas séparé de la mobilité dans l’Autorégulation Physique.
Il permet progressivement de consolider et utiliser les possibilités que le travail de mobilité a rendues accessibles.
Le but n’est donc ni d’être extrêmement souple ni simplement très fort.
Il est de disposer d’un corps capable de bouger, de contrôler ce mouvement et de s’adapter lorsque les contraintes changent.
Non.
Opposer stretching et mobilité serait aussi simpliste que de les confondre.
Un étirement peut avoir sa place dans une pratique. Il peut être agréable, permettre d’explorer une amplitude ou répondre à un objectif précis.
La question est plutôt de savoir ce que l’on cherche.
Si votre objectif est uniquement de gagner de l’amplitude dans une position déterminée, un travail de souplesse peut être cohérent.
Si votre objectif est de mieux utiliser votre corps dans des mouvements variés, alors il faut généralement regarder plus loin : amplitude, contrôle, stabilité, coordination, perception et capacité à travailler sous contrainte.
C’est cette vision plus large qui m’intéresse.
À H Balance Studio à Strasbourg, l’Autorégulation Physique utilise donc la mobilité comme une partie d’un processus plus large.
Nous cherchons à identifier les restrictions, retrouver des possibilités de mouvement, améliorer la perception puis apprendre progressivement à contrôler et renforcer ces nouvelles amplitudes.
Cette approche ne remplace pas une prise en charge médicale ou paramédicale lorsqu’elle est nécessaire. Elle appartient à un travail actif d’apprentissage du mouvement et de développement de l’autonomie physique.
La différence entre souplesse et mobilité peut finalement se résumer assez simplement :
la souplesse nous renseigne surtout sur l’amplitude disponible ; la mobilité nous intéresse par la manière dont cette amplitude peut être activement contrôlée et utilisée.
Et pour moi, la question la plus utile n’est donc pas de savoir si nous pouvons aller toujours plus loin.
Elle est de savoir si nous pouvons mieux utiliser les possibilités que notre corps possède.